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Affaire Uber Pop : l’État eunuque et la guerre du transport

1 juillet 2015

File illustration picture showing the logo of car-sharing service app Uber on a smartphone next to the picture of an official German taxi sign in Frankfurt, September 15, 2014. A Frankfurt court earlier this month instituted a temporary injunction against Uber from offering car-sharing services across Germany. San Francisco-based Uber, which allows users to summon taxi-like services on their smartphones, offers two main services, Uber, its classic low-cost, limousine pick-up service, and Uberpop, a newer ride-sharing service, which connects private drivers to passengers - an established practice in Germany that nonetheless operates in a legal grey area of rules governing commercial transportation. REUTERS/Kai Pfaffenbach/Files (GERMANY - Tags: BUSINESS EMPLOYMENT CRIME LAW TRANSPORT)

Il y a des symboles qui ne trompent pas ! La loi qui devait réguler la situation des véhicules de transport avec chauffeur porte le nom maudit de son rapporteur, le célèbre phobique administratif et éphémère ministre Thomas Thévenoud. L’application de cette loi, qui ménage si bien la chèvre taxi et le chou VTC qu’elle mécontente tout le secteur, est ralentie par le manque de moyens déployés par l’État et par la nouvelle arme des multinationales : la multiplication des procédures judiciaires.

Mais commençons par l’état des lieux des forces en présence.

Les taxis, tout d’abord.

Ils se sont toujours battus pour que l’État n’augmente pas leur numerus clausus ; celui-ci s’est couché au détriment de l’intérêt général. Ils fonctionnent avec une licence gratuite initialement, mais qui se monnaye aujourd’hui à Paris à des prix délirants. En contrepartie de l’autorisation de “marauder”, ils devraient accepter toutes les courses et tous les moyens de paiement. Là encore, l’État n’intervient pas et les taxis déclarent donc des sommes ridicules, refusent des clients, et proposent rarement de terminaux de carte bleue en état de marche. Connaissez-vous beaucoup de professions où l’on doit réclamer sa facture et supplier pour pouvoir payer en CB (alors qu’ils devraient légalement en être tous équipés) ? Leur service est globalement calamiteux. En revanche, contrairement aux idées reçues, leurs tarifs parisiens ne sont pas très élevés comparés aux grandes capitales européennes et leur connaissance de la ville est souvent solide.

Les véhicules de tourisme avec chauffeurs (VTC) fonctionnaient avant l’irruption d’UBER sur le marché avec des tarifs au forfait et sur réservation. Initialement, ils proposaient une offre alternative sans empiéter sur le marché des taxis. De très nombreuses entreprises sont nées dans le secteur depuis une dizaine d’années. Ce secteur a pris un nouvel essor et modifie ses pratiques avec l’arrivée des plates-formes de mises en relation.

Celles-ci, dont la plus célèbre, UBER, sont implantées depuis seulement deux à trois ans en France et connaissent un développement incroyable avec, par exemple, une valorisation d’UBER, société californienne, à 50 milliards de dollars. Le principe est la création d’une application qui met en relation le client et un réseau de chauffeurs VTC dont le service est irréprochable car leurs prestations sont notées par le client via l’application. En contrepartie, la plate-forme ponctionne de 20 à 25% du montant de chaque course. Nous devons bien sûr nous réjouir de cette innovation technique et de l’augmentation de la qualité des services des transporteurs.

Après avoir proposé des tarifs concurrentiels par rapport aux taxis, les VTC se sont peu à peu alignés sur eux, et à l’heure actuelle, les différences ne sont pas conséquentes.

A ce stade, des gouvernants courageux auraient pu apaiser les choses et permettre la modernisation de ce marché. En effet, les taxis ont naturellement amélioré leur service sous la pression de la mise en concurrence, et la diversification de l’offre a grossi la demande. Les problèmes à résoudre restaient le prix des licences et la fin du laxisme quant aux déclarations des revenus (aussi bien côté taxi, des VTC et des plates-formes dont beaucoup de factures ne comportent pas de TVA). Mais l’État a empilé des règles peu appliquées et la situation a pourri.

Mais ce qui a mis le feu aux poudres, c’est l’application UBER POP. En effet, les méthodes musclées d’UBER consistent à transgresser la loi tant que l’État ne réagit pas. L’entreprise avait ainsi coulé un concurrent dans un État américain en vendant à perte le temps que la trésorerie du concurrent soit épuisée. Or ce qui n’est pas correct avec UBER POP, c’est que le chauffeur n’est pas entrepreneur (même si UBER, sentant le vent tourner, les encourage à présent à prendre le statut d’auto entreprise). Le chauffeur n’a pas d’assurance de transport de personnes à titre onéreux, ce qui entraînerait de graves problèmes en cas d’accident avec dommages corporels. Le chauffeur ne paye pas de charges ni d’impôts (taxe d’apprentissage, formation continue, contribution foncière, impôt sur les bénéfices) contrairement aux VTC et aux taxis. Contrairement à ses concurrents, il se sert de son véhicule personnel pour le mettre au service d’une entreprise aux bénéfices colossaux qui n’embauche directement que quelques dizaines de salariés en France. C’est une forme de travail au noir et non de covoiturage comme c’est le cas de Blabla Car puisque les chauffeurs se déplacent dans le but de prendre des clients. Le service a été interdit au 1er janvier, mais UBER a déposé un recours auprès du Conseil Constitutionnel et entre temps, fidèle à ses pratiques, a continué de proposer son service.

La situation de plus en plus tendue entre taxis et VTC est symbolique de bien des drames français. Derrière un État obèse et impuissant, les professions surprotégées enragent de perdre leurs avantages conservés dans le formol des cabinets ministériels, les géants gloutons américains s’engraissent sans payer de charges ni de TVA, les petites structures sont écrasées par la fiscalité et les auto-entrepreneurs et travailleurs dissimulés se prolétarisent avec des salaires horaires à faire rougir un plombier polonais.

La faiblesse de l’État, qui ne joue plus son rôle d’arbitre ni de protecteur de l’intérêt général, est patente et a conduit des chauffeurs de taxis à casser, brûler, violenter. Ces comportements sont scandaleux mais comment ne pas dresser l’oreille quand on les entend se justifier en expliquant « qu’ils font respecter la loi puisque l’État ne le fait pas ». Comment surtout ne pas enrager en voyant un ministre de l’Intérieur céder sur le champ à leur violence, créant ainsi un dangereux précédent !

La guerre taxis/Uber est donc symptomatique de plusieurs maux dont souffre notre pays. C’est sur ces problématiques que le politique doit se pencher. Voici quelques propositions qui pourraient permettre d’apaiser cette guerre des transporteurs :

  • passer d’un État obèse et impuissant à un État plus resserré, stratège, et qui se donne les moyens d’appliquer les lois votées. Cela passe dans le cas présent par davantage d’effectif dans les « Boers » (la police des transporteurs), par de meilleurs contrôles sur les déclarations des taxis et VTC, et le refus de tolérer que des multinationales ne payent pas de TVA.
  • si on protège une profession, il faut toujours s’assurer des contreparties de cette protection. Ne jamais laisser des avantages acquis se cristalliser. Il faut forcer les taxis à appliquer toutes les contreparties de leur licence. Par ailleurs le numerus clausus doit être fixé en fonction de l’intérêt des citoyens français. Un organe indépendant et très contrôlé pourrait ainsi être créé pour évaluer la légitimité des numerus clausus et leur niveau dans toutes les professions concernées.
  • interdire UBER POP qui conduit à une prolétarisation générale et en particulier du statut d’auto entrepreneur, avec une insécurité juridique, économique, et une concurrence déloyale pour les VTC aussi bien que pour les taxis. Croire que conduire après son travail pour glaner quelques euros est un progrès, c’est dire à quel point notre ambition a diminué. C’est le chômage qu’il faut traiter pour offrir des emplois décents et durables aux français. Ce service a été interdit dans plusieurs villes dans le monde et Séoul a même refusé Uber en encourageant des entreprises coréennes à proposer le même service.
  • Laisser les entreprises françaises se développer ! Des UBER français, il y en a de nombreux ! Mais les banques ne leur prêtent pas, les politiques ne les écoutent pas, la fiscalité les assomme et la pesanteur administrative les ralentit ! Laissons respirer les entrepreneurs de ce pays ! Entre les professions sclérosées par des protections excessives et des géants américains aux méthodes de cow-boys, il faut laisser une place au dynamisme des entrepreneurs français.
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Exode de jeunes Français : mythe ou réalité?

8 octobre 2014

La population française vivant à l’étranger est en progression constante. Le registre des Français de l’étranger en comptait 1.6 Millions fin 2012, chiffre en augmentation de 3% à 4% par an depuis une dizaine d’année. L’enregistrement n’étant pas obligatoire, on peut facilement y ajouter 500 mille non-inscrits. Les travailleurs frontaliers quant à eux représentent à peu près 320 mille personnes, leur nombre connait lui aussi une forte augmentation, de l’ordre de 30% en dix ans.

Toutes les études le montrent, la proportion de jeunes diplômés et de jeunes actifs qualifiés constitue la plus forte augmentation parmi les expatriés. En effet, 1/3 des expatriés en 2013 ont entre 18 et 40 ans. Parmi eux 50% ont un niveau master ou doctorat et la moyenne de leur salaire est supérieur de 10K euros par rapport à la moyenne national Française.
Et les sondages réalisés auprès des jeunes diplômés laissent penser que le phénomène va continuer à s’amplifier durant les prochaines années. A la question « ou se situe votre avenir professionnel ? » posée par l’étude « Deloitte » sur l’humeur des jeunes diplômés, 27 % d’entre eux répondent à l’étranger. Il n’était que 13% un an plus tôt. Une autre étude réalisée par « Opinonway » montre que 34% des 18/34 ans envisagent leur avenir à l’étranger. Et parmi eux, plus les sondés sont jeunes plus les pourcentages sont élevés: 45% des 18/24 ans, 31% des 25-29 ans, 22% des 30-34 ans.
Ces chiffres sont à mettre en parallèle avec l’augmentation du chômage chez les jeunes qui atteint le seuil alarmant de 25% en France. Les sondages montrent que le phénomène de rajeunissement de la population expatrié s’accentue à cause en partie de la crise économique et du sentiment de dépression de la société Française.

La perspective d’une meilleure carrière professionnelle est la motivation première d’expatriation. Que ce soit l’intérêt du poste, la rémunération ou les opportunités de carrière, l’étranger est vu comme offrant le plus de possibilité, étant moins hiérarchique que la France, les évolutions y sont perçues comme plus rapide.

En 2013, un peu moins d’ 1/3 des expatriés sont des professions libérales ou des créateurs d’entreprises, leur nombre est en progression de 50% en dix ans. Si la majorité d’entre eux étaient déjà sur place avant de lancer leurs activités, suite à des études ou par leur travail, ils sont unanimes pour dire que le cadre législatif, administratif et financier, plus favorable qu’en France, les a poussés à entreprendre.

Autre tendance de fond, l’allongement de la durée des séjours. En 2013, 38% des expatries Français vivent à l’étranger depuis plus de dix ans, il n’était que 27% en 2005. A cela s’ajoute une plus grande incertitude sur un éventuel retour en France : 47% d’entre eux n’ont pas pris de décision à ce stade et 23% pensent ne jamais revenir ou pas avant minimum une dizaine d’année.
Le paradoxe est qu’une très large majorité des expatriés, presque 90%, avouent maintenir un lien privilégiés avec la France, que ce soit par la famille, les amis, les relations professionnels ou encore par des investissements immobilier. Cela laisse penser que le choix d’expatriation est purement pragmatique, souvent contraint, et que si les conditions étaient plus favorable, nombre d’entre eux reviendrait travailler dans leur pays de cœur.

Support :
http://www.ifop.com/media/poll/2484-1-study_file.pdf
http://www.cci-paris-idf.fr/etudes/competitivite/europe-international/francais-etranger-expatriation-francais-quelle-realite-etudes
https://www.bcgperspectives.com/content/articles/human_resources_leadership_decoding_global_talent/#chapter1

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